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16 mai 2022

Cancers radio-induits : décryptage d’un évènement rare

Des travaux récents révèlent les mécanismes expliquant qu’un traitement de radiothérapie puisse engendrer la transformation de cellules saines en cellules cancéreuses. Des pistes émergent pour envisager une prévention de ces situations, heureusement très rares.

Par essence, la radiothérapie est un traitement mutagène (qui provoque la survenue d’anomalies dans l’ADN des cellules). Aux doses thérapeutiques, l’irradiation est telle que les cellules exposées, bien définies dans le volume à traiter, voient leur ADN tellement affecté qu’elles ne sont plus fonctionnelles et qu’elles meurent.

Malheureusement on sait aussi que les cellules qui sont en bordure du volume traité reçoivent une dose d’irradiation, la plus faible possible grâce aux technologie moderne. D’expérience, on sait que certains cancers traités par radiothérapie induisent un risque de second cancer (différent du premier qui a été traité), survenant parfois de nombreuses années après que le premier n’ait été traité. A Lille, des chercheurs et des médecins se sont penchés sur le mécanisme responsable de cette transformation cancéreuse.

 

Les cancers radio-induits sont-ils fréquents?

Dans leur article, les chercheurs lillois resituent l’ordre de grandeur du niveau de risque de second cancer induit par radiothérapie, en faisant référence à d’autres travaux : du risque quasi nul pour des patients traités par radiothérapie pour un cancer rectal à celui, « plus important », observé chez des personnes traitées pour un lymphome de Hodgkin à l’âge moyen de 11 ans (14 seconds cancers enregistrés pour 1 136 enfants traités par radiothérapie entre les années 1955 et 1986).

Pour mener à bien leurs travaux, les chercheurs ont mis au point un dispositif permettant d’irradier de façon très précise des cellules mises en culture, pour regarder l’effet de l’irradiation sur les cellules qui évoluent à la marge du champ d’irradiation. C’est en effet dans ces zones que surviennent les seconds cancers.


Leurs observations montrent que ces cellules ne meurent pas mais entrent dans un état de sénescence : les cellules ne se multiplient plus mais ne meurent pas. Elles sont en outre caractérisées par la présence de nombreuses cassures dites « simple-brin » dans leur ADN (la molécule d’ADN, constituée de deux brins associés, est altérée ponctuellement sur l’un des deux brins seulement). Après quelques jours de culture et d’observation, de façon invariable, certaines de ces cellules sénescentes entrent à nouveau dans le processus de multiplication cellulaire. Mais ces cellules sont très particulières : elles portent des mutations qui n’étaient pas présentes dans le patrimoine génétique de leurs ancêtres sénescentes ou pré-irradiation et montrent des capacités à envahir leur environnement semblables à celles de cellules cancéreuses.


Les auteurs ont ensuite mené d’autres tests, in vivo cette fois-ci, qui ont confirmé ces descriptions et cet « échappement cancéreux » de quelques cellules en marge de la zone d’irradiation. Ils soumettent finalement l’idée de tester des molécules, déjà développées, qui permettent de cibler spécifiquement les cellules sénescentes, pour prévenir leur dérive potentielle.

 



R.D.


Source : Goy, E. et al ; The out-of-field dose in radiation therapy induces delayed tumorigenesis by senescence evasion; e-Life; 18 mars 2022